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Parcs nationaux du gabon: de la nature à la culture..
26 octobre, 2007, 4:15
Classé dans : Parcs Nationaux

Introduction

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En 2002 à l’occasion du Sommet de Johannesburg sur la l’Environnement, le Président de la République gabonaise prenait la décision d’affecter un peu plus de 11% du territoire national à 13 parcs dits nationaux. Cette décision politique résultait des recherches menées en sciences de la nature : botanique et en zoologies. Toutes des sciences dures. Puisque ces espaces sont mis en place, puisqu’il faut consolider cette décision politique, le spécialiste des sciences molles, inexistantes au départ de cette décision, peut légitimement se poser la question : quelle peut être sa place dans la gestion des parcs nationaux étant entendu que le parc est un espace non vide d’homme contrairement à ce que pensent les sciences de la nature ? Notre argumentation a pour but de répondre à cette question cruciale.

  • 1. Logiques sous-jacentes aux parcs naturels

L’idée que l’humanité se tient à part de la nature est celle qui paraît la plus profondément enracinée dans la civilisation occidentale (qui suggère ou mieux qui impose aujourd’hui l’érection des parcs nationaux). La colonisation du monde par l’Occident va consacrer et consolider cette dualité en y intégrant les peuples autres : ils sont tout simplement considérés des sauvages. Cependant les dissidents de la société occidentale ont cherché refuge dans son antithèse, antithèse qu’ils retrouvaient dans les contrées lointaines. Aux yeux de ces romantiques, les Indiens, par exemple, qui étaient peu à peu minés par les maladies, « l’eau de feu » et le déracinement, étaient apparus comme une partie de la nature sauvage – non pas mauvaise, mais immaculée, – restée en dehors de la souillure de l’homme blanc.

Ainsi, contrairement à la vision des espaces sauvages considérés comme mauvais et opposés à la société, a émergé en Amérique, à la fin du XIXe siècle une nouvelle tradition pour laquelle la nature est un refuge par rapport aux maux de la civilisation, quelque chose qui doit être préservée pour la récréation de l’esprit humain. John Muir, l’un des ténors du mouvement pour les parcs nationaux aux Etats-Unis, a fait valoir avec véhémence et succès que les zones de nature vierge devraient être réservées à la détente afin de satisfaire des besoins émotionnels. Dans l’esprit de ces conservationnistes, comme on les nomme de nos jours, les espaces sauvages sont primitifs et naturels, ils représentent une ressource qui ne doit pas être exploitée mais gardée intacte.

Outre qu’elle était au fondement du programme des parcs nationaux aux USA, cette vision de la nature a puissamment façonnée la configuration mondiale de la conservation. Aux USA toujours, la nature est révérée comme un lieu où l’on redécouvre un but dans la vie, tandis que pour beaucoup, la nature sauvage est biodiversité. L’idée que nature et société humaine sont intrinsèquement antagonistes et incompatibles est sans doute la rationalisation de l’intense sentiment d’aliénation qui sous-tend de nombreuses versions américaines de l’écologie radicale. Pour ces écologistes pures et dures, natures sauvages veut dire des zones étendues de végétation primaire, à diverses étapes de son développement, hors des limites de l’exploitation humaine. Comme le notent d’ailleurs Gomez-Pompa et Andrés Kauss en 1964, la nature sauvage est un lieu où l’homme lui-même est un visiteur qui ne reste pas.

Depuis que le concept de parc national est né[4], il s’est répandu à travers le monde – et avec lui, la prémisse de base selon laquelle la nature doit être laissée libre de toute interférence humaine. Ce principe a été appliqué par exemple dans les pays de la Corne de l’Afrique où les Masaï ont été chassés de leurs terres. Un parc, dans cette optique, doit rester une jungle primitive, aucun homme, pas même ceux qui y sont nés ne devraient vivre à l’intérieur de ses frontières.

Durant les années 1970, cette vision de l’aménagement des zones protégées en est arrivée à dominer les mouvements de conservation. Pour l’Union Mondiale pour la Conservation,

un parc national est défini comme un grand espace : où un ou plusieurs écosystème ne sont pas altérés par l’exploitation ou l’occupation humaine ; où les espèces animales et végétales, les sites géomorphologiques et les habitats ont un intérêt scientifique, éducatif ou récréatif particulier, ou bien encore constitue un paysage naturel de grande beauté et où la plus haute autorité compétente du pays a pris des mesures pour empêcher ou éliminer aussi vite que possible l’exploitation ou l’occupation de la totalité de la zone, et pour renforcer efficacement les aspects caractéristiques sur le plan écologique, géomorphologie ou esthétique, qui on conduit à son établissement.

  • 2. Société et biodiversité

L’idée d’une nature sauvage, intacte, non apprivoisée est essentiellement une conception urbaine, une vision des gens très éloignés de l’environnement naturel. Les habitants des zones rurales ont une vision différente de ce que les citadins désignent comme sauvage. Les différentes composantes de l’environnement sont perçues consciemment ou inconsciemment sous un angle cosmogonique. Considérés comme éléments divins, l’eau et la terre ne sont pas appropriables par des individus; elles constituent un patrimoine appartenant aux ancêtres, qui en ont confié la gestion à leurs descendants.

La conception autochtone de l’espace est très différente des conceptions occidentales. Chaque société organise les règles de gestion de son milieu naturel et les rapports qu’elle entretient avec ce milieu. Ces règles varient selon le type d’activité prédominant : agriculture, chasse, pêche. En somme la maîtrise de l’espace et de l’environnement fait partie des schémas mentaux des populations et les actes de la vie individuelle ou communautaire y font implicitement référence.

Si l’expérience étatique montre qu’on ne peut faire confiance aux populations rurales pour défendre la biodiversité, la question est alors de savoir quelle autre institution est fiable. Nombreux sont ceux qui ont avancé l’idée que ces populations vivent en harmonie avec leur environnement naturel, ils en sont les meilleurs gardiens ; c’est là un argument que les populations elles-mêmes utilisent pour soutenir leurs revendications en faveur de la reconnaissance de leurs droits territoriaux.

  • 3. Impacts sociaux de la conservation

De la nature à la culture Une désagréable vérité que les conservationnistes n’ont reconnu que récemment est que l’établissement de la plupart des parcs nationaux et des zones protégées a eu des effets négatifs sur ceux qui habitent ces zones antérieurement. La conception de la préservation comme conservation d’une nature sauvage a été si forte que les conservationnistes ont eu beaucoup de mal à admettre que les populations rurales puissent avoir quelque droit que ce soit dans les zones protégées. Cependant, – qu’on le veuille ou non – ces zones ont été habitées ou sont habitées.

La logique des parcs est donc une logique d’exclusion, d’affectation exclusive d’un espace à telle ou telle activité. Les populations n’ont plus accès à leurs vergers (cas des Monts de Cristal), à leurs rivières, à leurs terres, etc. Elles n’ont plus accès à leur lieu de culte, et tout le monde peut aisément imaginer les conséquences d’un tel « interdit ».

La simple délimitation des parcs nationaux constitue déjà une intervention culturelle dans la nature. Mais, pour beaucoup, c’est le meilleur moyen pour préserver la biodiversité menacée par la surexploitation humaine[5]. Ce qu’il faut, dire c’est que les paysages – qui paraissent naturels – ne témoignent pas seulement du milieu naturel, ils sont aussi les témoins de cultures matérielles et immatérielles.

L’autre problème a relevé dans cette problématique est la mauvaise lecture des droits des populations rurales : il y a plusieurs types de droits : ceux qui sont relatifs au sol, à la flore, à la faune. On peut être propriétaire d’un arbre sans être le propriétaire de la terre qui contient le contient, de même le propriétaire d’une forêt est également le propriétaire des animaux. De plus, chaque forêt est appropriée par un clan, un lignage, une famille, etc. Tous ces droits doivent faire l’objet d’un traitement particulier pour que réussisse la mise en place des parcs.

Il apparaît donc qu’en dépit des trajectoires historiques très différents des mouvements de conservation, les besoins et les doits des populations n’ont pas été pris en considération. Ce qui fait que les villageois sont perplexes face à la perception occidentale de la conservation.

  • 4. Que se passe-t-il au Gabon ?

En parcourant les arguments qui militent en faveur de la mise en place des parcs nationaux au Gabon, voici ce que l’on lit : superficie du pays 2667.667 km², 1.000 espèces d’oiseaux, 10.000 espèces de plantes dont 3.000 espèces endémiques, 400 espèces de mammifères, etc. On peut aussi voir ce que l’on dit du paysage : beau paysage, extraordinaire, unique au monde, etc. Le but ici est d’attirer les touristes. Si on qualifie le paysage, le but en final est de le quantifier : il est comptabilisé en termes de nombre de touristes.

Au sommet de ces arguments, voici ce que l’on dit de l’être humain (le terme ici est important, il y a aussi des êtres de la nature) :

« les communautés qui peuplent la forêt sont invariablement des chasseurs invétérés, et elles ont, dans la plupart des zones, pratiquement annihilé le gibier et les oiseaux, par une pratique aveugle de la chasse et de pièges. Il est sans aucun doute grand temps d’installer à l’esprit tribal un certain respect pour les lois concernant le gibier du pays » (Stracey cité par Tucker Richard 1991, 50).

Avant d’arriver à de telle conclusion, on doit avant tout se poser la question suivante : combien d’espèces des cultures humaines, pour ne pas dire d’êtres humains habitent à la lisières de ce qui est devenu aujourd’hui parc national ?

Avant de construire le béton, construisons d’abord l’homme dit-on en sciences humaines. Ici le béton est le parc. C’est à croire que la préoccupation première est le gain financier et non le gain en termes de place de l’homme.

    • 4.1. L’alphabet de la nature

Plus d’une cinquantaine de langues sont parlées au Gabon, chaque groupe de locuteurs a des cultures particulières, à des rapports particuliers à l’environnement. Ces ethnocultures ne se contentent pas d’exploiter la nature pour satisfaire leurs besoins élémentaires. Elles l’utilisent aussi pour assumer des fonctions symboliques. Des matières végétales ou animales et même minérales sont employées dans des contextes déterminés pour leur valeur métaphorique qui exprime ou renforce certains concepts essentiels au fonctionnement culturel, social et politique.

Mais on peut dire que toutes les ethnocultures gabonaises appartiennent à l’aire culturelle bantu et on peut aussi postuler qu’elles ont le même fond culturel. Quel est ce fond commun par rapport à leur rapport à l’environnement ?

      • 4.1.2. La jachère

La jachère est sans la méthode la plus utilisée par les peuples bantu pour restaurer la sol, la ressource halieutique, etc. Elle consiste à laisser le sol en repos pendant un certain temps afin que la ressource se restaure. Elle s’applique à la faune, à la flore, aux ressources halieutiques. Cette méthode a montré toute son efficacité millénaire. Elle se caractérise donc par trois moments : exploitation, mise en repos et de nouveau exploitation.

« A travers les opérations de saisie de gibiers, des fusils. On ne gagne rien avec la mise en place du parc pour l’instant. On peut dire que l’on entretient des bonnes relations avec les responsables du WCS. Mais le problème c’est qu’ils ne prennent pas en compte le problème des éléphants qui dévastent nos plantations Ils nous mentent. On se plaint, mais il n’y a pas de solutions Je fais les plantations et la chasse. Je fais la chasse au petit gibier : gazelle, rat palmiste, vipère et tortues »

      • 4.1.3. Les interdits

L’autre aspect à mettre en avant est la pratique des interdits. Après le constat qui est fait que la ressource existe en quantité insuffisante, un interdit est pris qui impose la mise en repos de la ressource. Dans ce cas précis, l’interdit sous-tend la mise en jachère. Les interdits s’appliquent à des patrimoines : faune, flore, etc. Le concept de patrimoine est important, il signifie que ce qui est géré aujourd’hui l’est en réalité pour les générations futures.

« Nos méthodes de conservation sont différentes des leurs. Ils interdisent la chasse abusive. Ils mettent des peintures de couleur rouge, la tôle sur les arbres. Ils ne nous proposent rien. Ils ont promis à nos jeunes le travail lorsque tout sera mis au point »

  • 5. Pourquoi associer les communautés locales ?

« Lors de la mise en place du projet du parc, on nous avait averti mais lors du découpage, le chef du village et celui du regroupement n’avaient pas été avertis. Nous ne sommes pas impliqués dans la gestion du parc. Quand ils viennent, nous les aidons à transporter parfois leur matériel. Mas ils n’arrivent pas à désigner une personne dans le village pour surveiller le parc Nos méthodes de conservation sont différentes des leurs. Ils interdisent la chasse abusive. Ils mettent des peintures de couleur rouge, la tôle sur les arbres. Ils ne nous proposent rien. Ils ont promis à nos jeunes le travail lorsque tout sera mis au point. On ne gagne pas l’argent, alors qu’ils doivent nous dédommager. Cela nous fera plaisir. On a des bonnes relations. On souhaite que M. Allogho pense à nous en nous donnant un peu d’argent de temps en temps, comme cela avait été fait par la passé lorsqu’on avait subi des inondations et que les Blancs nous avaient demandé de quitter mes lieux ».

De la nature à la culture La question qui est posée est celle de qui conditionne la faisabilité de tous les programmes de protection de l’environnement. En effet, face aux expertises ponctuelles et aux programmes temporaires exogènes, la seule permanence réelle sur le terrain est celle des communautés. Ces communautés locales ne sont pas seulement le facteur permanent de tous les programmes, mais elles en sont finalement les seuls acteurs. S’il y a présence humaine sur un point du territoire, c’est cette présence qui détermine les rapports à la nature environnante.

La compréhension de cette présence humaine est donc en définitive le passage obligé de tous les programmes de protection de l’environnement. Autrement dit, tout programme exogène qui ne s’appuie pas sur les motivations endogènes des populations locales est d’avance voué l’échec. C’est un ectoplasme sur une jambe de bois. Toutes les ONG développant des protections dans le cadre de la mise en place de parcs nationaux sans s’appuyer sur les communautés locales développent des programmes consciemment et rationnement voués à l’échec, car les seuls acteurs qui étaient sur le terrain avant les parcs nationaux et les ONG et même l’Etat et qui seront sur le terrain après les ONG, nous n’osons pas dire après l’Etat, sont les communautés locales.

Mais il y a plus. Avant de protéger d’une manière exogène, il est impérieux de se demander quelle protection est déjà réalisée et assurée par les populations locales depuis sans doute des siècles voire même des millénaires. Si l’on ne procède pas à l’inventaire des protections déjà réalisées et assurées par les communautés locales, on perd le bénéfice d’un millénaire de savoirs et de savoirs-faire. Quelle ONG et quel Etat accepteraient de se lancer aveuglément dans un projet dont l’état des lieux n’a pas été correctement dressé ?

La protection de l’environnement se réalise au sein de ces communautés à travers le respect des totems et autres stratégies de gestion durable de l’environnement. Cette protection se réalise aussi à travers les tenures foncières, c’est-à-dire la gestion et la transmission des terres. Elle est aussi faite à travers les incitations de la littérature orales. Par ce moyen, l’enfant apprendra à reconnaître les dénominations des éléments constitutifs de la faune et de la flore caractéristiques de son environnement dans les relations écologiques.

A un expert sur le terrain correspondent souvent mille à deux mille habitants permanents. Si rien n’est fait avec les mille habitants, que vaut l’action d’une seule personne en résidence temporaire ?

  • 6. Comment associer les communautés locales ?

- Premièrement : Renforcer les capacités des protections traditionnelles, à travers par exemple des forêts dites sacrées, en reconnaissant leur bien-fondé (la reconnaissance juridique s’impose).

- Deuxièmement : Dresser la carte des espèces et des espaces protégés (végétale, animale, minérales), une forêt peut servir à protéger un point d’eau, des espèces végétales rares, etc.

- Troisièmement : Renforcer la collaboration des associations traditionnelles de coercition sociale notamment : muiri, mungala, ndjobi, ngil, etc. Toutes ces associations ont un fonds de commerce commun : la gestion des hommes et de leur rapports aux différents écosystèmes à travers des prescriptions et des interdits.

- Quatrièmement : Dresser la typologie des rapports entre les humains et entre ces derniers et les animaux (dédoublement) et d’autres part entre les humains et les végétaux. Si l’on veut se lancer dans le travail de la mise en place efficace des parcs nationaux, il est impérieux commencer par ce bout, et les sciences humaines peuvent parfaitement y parvenir. Si on ne veut pas avancer, ne réalisons pas ce programme et continuons à avancer en pure perte avec l’illusion des programmes habituels de protection de la nature qui sont sans lendemain, donc sans êtres humains.

  • 7. La construction et l’appropriation sociales de la nature

Depuis Franz Boas et l’abandon par l’anthropologie d’une vision strictement évolutionniste des sociétés humaines (du primitivisme ignorant à la modernité omnisciente), c’est une vision relativiste des relations entre sociétés et nature qui est au centre de la plupart des travaux dans ce domaine. La séparation entre Nature et Culture est une séparation produite par la culture elle-même et ses frontières varient selon les sociétés, fondant leurs différences, mais leur conférant aussi leur identité propre : la construction par chaque société de ses rapports à la nature est en même temps la construction de la société sur elle-même. Historiquement, on peut schématiquement distinguer deux approches de la construction culturelle de la Nature en anthropologie :

    • 7. 1 L’approche symboliste ou culturaliste

Elle affirme l’autonomie absolue de la culture par rapport aux variations du milieu physique, biologique ou climatique de la société. Cette approche, qui s’impose avec les travaux de Claude Lévi-Strauss (Lévi-Strauss 1962, ainsi que toute la série des Mythologiques), basée sur la prééminence du symbolisme dans l’organisation sociale, fait de la Nature, du moins dans son influence sur les modalités du fonctionnement social, une pure création culturelle ;

    • 7.2. L’approche matérialiste

Elle postule une certaine continuité entre les formes spécifiques de l’environnement physique, biologique et climatique des sociétés et leurs formes d’organisation. Cette continuité, qui ne s’apparente à une détermination que dans certains travaux, très controversés, d’écologie humaine (Crognier 1994) ou de sociobiologie (Wilson 1987), est assurée par l’équipement cognitif et matériel des sociétés qui ne font pas que penser, mais aussi s’approprient matériellement la nature (Godelier 1984). Largement inspirée des travaux des archéologues et des technologues (dans la tradition de Leroi-Gourhan et Haudricourt), cette approche a été dans les années 1970 à la base des nombreux travaux d’anthropologie économique, souvent mais pas exclusivement d’inspiration marxiste (Meillassoux 1975, Sahlins 1976, Sahlins 1980).

Ces deux approches, présentées ici encore une fois de manière extrêmement schématique, contribuent à structurer les travaux anthropologiques récents qui, influencés par la montée des préoccupations environnementales, se centrent sur les relations entre les sociétés et leurs natures, sur des terrains exotiques comme dans les sociétés industrialisées.

Le relativisme culturel, trouvant dans les théories post-modernistes (Geertz 1983 ; Harvey 1989 ; Lash 1990) ou dans la philosophie de Michel Serres (Serres, 1990) de nouveaux supports théoriques qui viennent conforter l’approche symboliste, se manifeste par des travaux qui centrent leur attention sur la variabilité des rapport culturels à la nature et à ses différents éléments socialement construits (Hazelrigg 1995 ; Hirsch et O’Hanlon 1995). Cette variabilité est souvent source d’incompréhension et de conflit lors de la confrontation inter- ou intra-sociétale (Lewis 1989 ; Bloch 1995 ; White 1996). S’agissant plus précisément des sociétés industrialisées, des travaux de plus en plus nombreux s’attachent à y percer les mécanismes culturels (incluant dans ces derniers la production scientifique) de constitution de la nature en général (Evernden 1992 ; Cronon 1996), ou de catégories naturelles spécifiques, comme la forêt (Harrison, 1992), les paysages (Greider et Garkovich 1994), la diversité biologique (Rémy, 1995) ou l’animalité (Digard 1990, Lizet et Ravis-Giordani 1995 ; Serpell 1996 ; Burgat 1997).

Ces analyses, dont les excès relativistes ouvrent parfois des controverses avec les partisans d’une vision plus objectivée de la nature (Soulé et Lease 1995), ont l’intérêt de permettre de cerner, plus précisément que les travaux sociologiques portant sur les réactions à la dégradation perçue de l’environnement, ce qui fonde culturellement les qualités attribuées à certains éléments de ce dernier, éléments sur lesquels portent les plus forts enjeux de société.

L’approche matérialiste des relations entre sociétés et nature en anthropologie s’est depuis une dizaine d’années considérablement renouvelée par l’apport des connaissances en écologie, qui a permis aux chercheurs de mieux analyser l’encastrement (embedding) des sociétés et des cultures dans leur environnement et, en particulier, de ne plus considérer ce dernier comme un état inerte que les idées ne feraient que penser et les outils s’approprier.

La dynamique des interférences entre les deux est maintenant au coeur des travaux, après les ouvrages pionniers de Rappaport (1984) et Descola (1986). Sur cette base, un vaste programme de travail d’intervention anthropologique sur les co-évolutions écologiques et socio-culturelles a pu être proposé par Georges Guille-Escuret (1989).

Si ce programme est essentiellement mené par les anthropologues sur leurs terrains exotiques traditionnels, un certain nombre de travaux ont également été développés dans les pays industrialisés, d’abord évidemment sur les environnements « naturels » (pour la France, par exemple Picon, 1988) et sur les communautés les plus dépendantes des ressources « naturelles », agriculteurs, pêcheurs, forestiers ou chasseurs (Jorgensen, 1990). Mais il serait sans doute souhaitable que ces études se développent aussi (à l’instar de Cronon, 1991), de manière croissante sur les milieux les plus anthropisés, agriculture intensive, zones urbaines et industrielles. Mais, en tout état de cause, le développement de ce programme nécessite l’intégration de la dimension historique dans les études anthropologiques : la distinction, très controversée, entre sociétés « froides », sans histoire, et sociétés « chaudes », toutes faites de mobilités et de changements, sur laquelle naguère Claude Lévi-Strauss avait fondé la distinction entre anthropologie d’une part, sociologie et histoire d’autre part, ne tient décidément plus dès lors que les éléments de l’environnement, traités par toutes les sociétés humaines, se transforment sous cet impact.

Conclusion

De la nature à la culture La mise à mort de la biodiversité ne viendra pas du village mais de la ville. Un besoin croissant d’argent, pour une part généré de l’extérieur et pour une part généré l’intérieur, charge lourdement l’économie et l’environnement en vue de la production d’un surplus commercialisable. Un nouvel outillage en acier, comme la tronçonneuse, le fusil de chasse, le fil de fer destiné au piège, peuvent transformer radicalement les modèles d’utilisation de la terre. Toutes ces choses viennent de la ville. Les sciences humaines ne doivent pas apparaître comme une espèce d’appendice, des sciences qui passent leur temps à parler, à spéculer même si l’esprit aime parfois vagabonder. Leur but est de comprendre le rapport de l’homme à quelque chose qui peut être le cosmos, la forêt, le rocher, le paysage, la rivière, etc. Si l’objectif des parcs est de procurer aux générations futures un espace sain, il est impérieux de questionner la génération présente, celle qui gère la forêt, qui l’exploite au quotidien. Et comme nous l’avons souligné plus haut, avant de construire le béton, construisons d’abord l’homme.

 


 

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Article rédigé par M. Paulin KIALO, le 15/10/2007



A Propos des Amis du Monde Diplomatique (AMD)
23 octobre, 2007, 9:42
Classé dans : Non classé

Réchauffement et dérèglements climatiques, montée du niveau des océans, désertification et déforestation, catastrophes écologiques, maladies environnementales, etc. : nul ne peut plus ignorer ces périls qui menacent l’avenir même de l’humanité. Mais quelles en sont les causes ? Et y a-t-il des solutions ?

Actionnaire à hauteur de 25% du capital de la société Le Monde diplomatique SA grâce aux dons effectués par ses adhérents, l’association des Amis du Monde diplomatique joue un rôle essentiel de garant de l’indépendance du journal au côté de la société Gunther Holzmann qui regroupe les personnels. Ensemble, ces deux actionnaires détiennent 49% du capital. Ils dépassent donc très largement le seuil des 33,34% assurant une minorité de blocage.

Là ne s’arrête pas le rôle des Amis. Ils participent activement à la diffusion des idées défendues par Le Monde diplomatique. Avec ses 5 200 adhérents en 2005, avec une soixantaine de correspondants locaux en France, plusieurs associations sœurs en Europe, une douzaine de groupes au sud de la méditerranée, l’association organise, chaque année, plusieurs centaines de rencontres publiques, autour des thèmes développés par le journal, participant ainsi au débat citoyen, plus nécessaire que jamais, et étendant l’audience du journal.



Cérémonie de Bwiti..le Gabon profond
23 octobre, 2007, 5:48
Classé dans : Non classé

http://www.dailymotion.com/video/7HG59sagJWAXkeGxy



Bonjour tout le monde !
22 octobre, 2007, 23:05
Classé dans : Non classé

Buffles du Gabonlartgabonaiscestici.jpgdanseurdebwiti1.jpg

 

Bienvenue sur www.ntoutoume.unblog.fr. Cet espace personnel marque la volonté de promouvoir un beau pays et un peuple généreux, et aussi de contribuer à rendre un peu plus visible une biodiversité exceptionnelle et une nature à la fois dense, majestueuse et acceuillante..En un mot je souhaite parler de mon petit coin de paradis, le Gabon.

Gabon ou « Le Pays Vert-Jaune-Bleu« , voici le petit surnom affectif que je lui ai trouvé. Vert dufait de la couverture en forêt tropicale de son térritoire à 75 %, Jaune à cause l’équateur qui le transperce d’Est en Ouest, déversant au passage un climat chaleureux toute l’année, et Bleu à cause de ses 800 km de cotes sablonneuses partagées avec l’Ocean Atlantique.

Mais, Cet espace se veut aussi etre un « corp de garde« , une tribune d’échanges et de partage pour les gabonais(es) et ami(es) du Gabon, qui seraient sensibles aux problèmes et enjeux du triptique Environnement-Tourisme-Développement engageant l’avenir du Gabon.

En effet, le question du Tourisme est évoquée comme piste paliative à la baisse du rendement du Secteur pétrolier, principale source de revenus de l’Economie gabonaise, avec comme principal axe le tourisme lié à l’environnement . A cet effet 13 parcs nationaux couvrant 10 % du territoire ont été crée, permettant ainsi de constituer le premier réseau de ce genre au monde.

Pour les Gabonais donc, contribuons à faire connaitre « la destination Gabon« .

Pour les autres, préparez vous à découvrir une culture originale, un peuple ouvert, une gastronomie incroyable, une flore et une faune du bassin du Congo unique au monde..UN PAYS A VISITER!

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Sondage « Fer De Belinga »

Pensez vous que le projet "FER de BELINGA" présente un danger sérieux pour l'environnement?

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